Parcours 1 — la mécanique complète
Les moyennes mobiles
Une moyenne mobile exponentielle est une seule ligne de calcul. Tout ce qu’on en raconte — le retard, la réactivité, les croisements — découle de cette ligne, et une bonne partie de ce qu’on en raconte est faux.
La formule, et ce qu’elle implique vraiment
Une EMA se calcule ainsi, et il n’y a rien d’autre dedans :
EMA(t) = alpha × prix(t) + (1 − alpha) × EMA(t−1), avec
alpha = 2 / (N + 1)
Chaque nouvelle valeur est un mélange entre le prix du jour et la valeur de la veille. Rien
de plus. Le poids alpha décide de la part du neuf : pour une EMA 50, il vaut
0,039216, soit à peine 3,9 % de neuf à chaque
Une bougie est un petit rectangle qui résume tout ce qui s’est passé pendant une tranche de temps : le prix au début, le prix à la fin, le plus haut et le plus bas atteints. Le mot « barre » désigne exactement le même objet..
Développez cette récurrence et vous obtenez le fait qui compte : la bougie située
i périodes en arrière pèse alpha × (1 − alpha)^i. Ce poids diminue mais
ne s’annule jamais. Une EMA n’oublie rien ; elle atténue. C’est la
différence de nature avec une moyenne simple, qui coupe net au-delà de sa fenêtre.
Le banc de pondération
- Coefficient alpha
- 0,039216
- Demi-vie du poids
- 17,3 barres
- Poids restant de la graine
- 13,5 %
- Barres pour passer sous 1 %
- 116 barres
Les valeurs affichées correspondent à une EMA 50 après 50 bougies. Activez JavaScript pour les faire varier.
- Calculez le coefficient de votre moyenne : 2 divisé par (période + 1). Vous saurez quelle part de neuf entre dans la ligne à chaque bougie.
- Déplacez le curseur « Période de l’EMA » du banc ci-dessus et lisez la demi-vie du poids : c’est le nombre de bougies au bout duquel une bougie compte moitié moins.
- Ouvrez les paramètres de la moyenne posée sur votre graphique et relisez sa période comme une quantité de neuf acceptée, pas comme une longueur de fenêtre.
- Ce que vous ne faites pas : vous ne dites plus qu’une EMA 50 « regarde les 50 dernières bougies ». Elle les regarde toutes, avec des poids qui décroissent sans jamais s’annuler.
La mémoire qui ne s’efface jamais
C’est le piège le plus coûteux de tout ce parcours, parce qu’il est invisible.
Lire les valeurs chiffrées
| Bougie | Poids EMA 50 | Poids SMA 50 |
|---|---|---|
| la dernière | 3,922 % | 2,000 % |
| il y a 1 | 3,768 % | 2,000 % |
| il y a 5 | 3,211 % | 2,000 % |
| il y a 10 | 2,629 % | 2,000 % |
| il y a 20 | 1,762 % | 2,000 % |
| il y a 49 | 0,552 % | 2,000 % |
| il y a 50 | 0,531 % | 0,000 % |
| il y a 60 | 0,356 % | 0,000 % |
Une EMA doit bien démarrer quelque part. Cette valeur de départ s’appelle la graine, et la question que personne ne se pose est : combien de temps pèse-t-elle encore ?
La réponse est déroutante : toujours. Le poids de la graine décroît à chaque bougie, mais il ne s’annule jamais. La seule question qui a un sens est donc « au bout de combien de temps devient-il négligeable », et la réponse dépend de la période — pas de la règle qu’on vous a apprise.
« Après 250 bougies, la moyenne est stabilisée »
Cette règle des 250 bougies circule partout, et elle n’est valable que jusqu’à une période d’environ 50 — où 116 bougies suffisent. Pour une EMA 200, il en faut 461 avant que la valeur de départ pèse moins de 1 %. Conséquence directe et vérifiable : deux plateformes qui affichent « la même » EMA 200 sur un historique court affichent en réalité deux courbes différentes, et vous ne pouvez pas le voir à l’œil.
Calculé à la construction de cette page : poids résiduel = (1 − α)^k, α = 2/(N+1)Sur le graphique de la page d’accueil, l’EMA 200 est tracée dès la première bougie — sur les 302 que porte ce jeu de données. Et c’est bien pire qu’un trou : pendant ses premières centaines de bougies, cette courbe a l’apparence d’une moyenne longue sans en avoir la matière. Elle est encore largement déterminée par la façon dont on l’a démarrée, et rien à l’écran ne le signale. Il faut 461 bougies pour que ce point de départ pèse moins de 1 % : sur cet historique de 302, on n’y est jamais arrivé.
- Faites défiler le graphique jusqu’à la première bougie disponible et comptez combien de bougies séparent ce début de la zone où vous travaillez.
- Si ce nombre est inférieur à 461 pour une EMA 200, vous saurez que la ligne affichée doit encore plus de 1 % de sa valeur à son point de départ.
- Affichez la même EMA 200 sur deux plateformes à la même date et notez les deux valeurs, au lieu de chercher laquelle aurait raison.
- Ce que vous ne faites pas : vous ne prenez plus « après 250 bougies, la moyenne est stabilisée » pour acquis : la règle tient jusqu’à une période d’environ 50, où 116 bougies suffisent, et pas au-delà.
Le retard : la croyance la mieux partagée, et elle est fausse
« L’EMA réagit plus vite que la SMA » est probablement la phrase la plus répétée du domaine. Elle a un sens précis, et à ce sens précis, elle est fausse.
Le retard moyen d’une moyenne, c’est l’âge moyen de l’information qu’elle contient : on prend chaque bougie du passé, on la pèse de son poids dans le calcul, et on fait la moyenne de leurs âges. Sur ce terrain-là, une EMA de période N et une SMA de période N donnent exactement le même nombre. Ce n’est pas une opinion : c’est une identité, et le moteur de ce site la vérifie en injectant une impulsion.
« L’EMA a moins de retard que la SMA de même période »
Au sens du retard moyen, une EMA de Le span d’une moyenne exponentielle, c’est la longueur de la moyenne simple qui aurait le même retard : dire « EMA de span 27 » revient à dire « réagit comme une moyenne simple de 27 bougies ». Le lissage de Wilder d’un RSI 14 a un span de 27, pas de 14. N et une SMA de N ont
exactement le même : (N − 1) / 2. Une EMA 200 et une SMA 200
ont toutes deux 99,5 bougies de retard moyen. Ce qui change entre elles n’est
pas le barycentre de la pondération, c’est sa forme — l’EMA étale son poids sur un
passé infini là où la SMA le distribue uniformément puis coupe.
| Lissage | Retard moyen | Pour N = 200 |
|---|---|---|
| Moyenne simple (SMA) | (N − 1) / 2 | 99,5 |
| Moyenne exponentielle (EMA) | (N − 1) / 2 | 99,5 |
| Moyenne pondérée linéaire (WMA) | (N − 1) / 3 | 66,3 |
| La façon de calculer la moyenne que Wilder a employée pour son RSI : chaque nouvelle bougie compte pour une fraction de la période, et non pour la fraction habituelle d’une moyenne exponentielle. (RMA) | N − 1 | 199,0 |
Le désaccord qu’il faut connaître. Zakamulin conteste l’usage même de cette notion : selon lui, le retard moyen « n’a que très peu à voir avec le délai de détection d’un point de retournement », et il se manipule trivialement par des constructions à poids négatifs. Autrement dit : la phrase « la moyenne 200 a cent jours de retard » est à la fois exacte au sens du calcul et trompeuse au sens de l’usage.
Nous avons essayé de mesurer l’autre retard, et voici ce que ça donne. Le retard « utile » — de combien de bougies la ligne est-elle en retard sur le prix lui-même ? — se cherche en décalant la moyenne devant le prix et en gardant le décalage où les deux se ressemblent le plus. Sur les 302 bougies horaires du dollar utilisées ici, ce décalage ne tient pas en place : il vaut 12, puis 9, puis 11 bougies selon la seule largeur de la fenêtre de recherche, et le meilleur décalage ne devance son voisin immédiat que de 0,0002. Il n’y a pas de pic ; il y a un plateau. Et pour l’EMA 200, ce même calcul répond zéro bougie de retard — pour une moyenne dont le barycentre est à 99,5 bougies.
Ce qu’il faut en retenir, et c’est la seule chose à retenir. Les deux nombres sont justes ; ils ne répondent pas à la même question. 99,5 dit l’âge moyen de l’information contenue dans la ligne. Zéro dit qu’on ne peut pas lire un délai de réaction sur trois cents bougies. Quand quelqu’un vous vend une moyenne « à faible retard », demandez-lui lequel des deux il mesure. Dans l’immense majorité des cas, il n’a mesuré ni l’un ni l’autre.
Zakamulin, Market Timing with Moving Averages: The Anatomy and Performance of Trading Rules, Palgrave Macmillan, 2017, chap. 3 — c’est le livre qui porte cette critique, pas l’étude de 2015 citée ailleurs sur cette page- Superposez une SMA 200 et une EMA 200 sur le même graphique : vous verrez deux tracés voisins, pas une ligne rapide et une ligne lente.
- Appliquez (N − 1) / 2 à la période que vous employez, et gardez ce nombre en tête quand la ligne « confirme » un retournement.
- Quand on vous vend une moyenne « à faible retard », demandez laquelle des deux quantités est mesurée : l’âge moyen de l’information, ou le délai de réaction.
- Ce que vous ne faites pas : vous ne choisissez plus une EMA plutôt qu’une SMA « parce qu’elle réagit plus vite ». À période égale, le barycentre de leur pondération est le même.
D’où viennent 50 et 200 ?
Réponse courte : personne ne le sait, et aucune source primaire ne l’établit.
Lire les valeurs chiffrées
| Bougie | La clôture est le dernier prix atteint juste avant que la tranche de temps se termine. C’est le seul des quatre prix d’une bougie qui ne bougera plus jamais ensuite. | EMA 50 | EMA 200 |
|---|---|---|---|
| 15/01/2026 | 1,1599 | 1,1668 | 1,1624 |
| 05/02/2026 | 1,1817 | 1,1740 | 1,1652 |
| 26/02/2026 | 1,1817 | 1,1778 | 1,1676 |
| 19/03/2026 | 1,1571 | 1,1681 | 1,1661 |
| 09/04/2026 | 1,1725 | 1,1639 | 1,1650 |
| 30/04/2026 | 1,1721 | 1,1682 | 1,1663 |
| 21/05/2026 | 1,1602 | 1,1680 | 1,1666 |
| 11/06/2026 | 1,1567 | 1,1640 | 1,1656 |
| 02/07/2026 | 1,1438 | 1,1548 | 1,1626 |
| 23/07/2026 | 1,1371 | 1,1487 | 1,1597 |
La règle de timing par moyenne mobile est attribuée par la littérature académique à H. M. Gartley, Profits in the Stock Market, 1935 — et elle portait sur le prix comparé à sa moyenne 200, pas sur un croisement de deux moyennes. Les jalons suivants disent la même chose : Granville en 1960, puis Gordon en 1968, qui teste sur 1897-1967 une règle d’achat déclenchée quand l’indice clôture au moins 1 % au-dessus de sa moyenne 200.
Aucune source primaire n’attribue le terme « golden cross » ni le couple 50/200 à une personne, une publication ou une date. Les glossaires de courtiers japonais, eux, définissent leur ゴールデンクロス sur 13 semaines contre 26.
« 50 jours, c’est un trimestre ; 200 jours, c’est une année de bourse »
Un trimestre compte environ 63 séances et une année environ 252. L’explication est donc fausse d’environ 20 % dans les deux cas. C’est une justification construite après coup pour donner du sens à deux nombres ronds.
« Brock, Lakonishok et LeBaron ont validé le croisement 50/200 en 1992 »
Leur étude est réelle et solide — Dow Jones 1897-1986, 26 règles, un écart de +0,067 % par jour entre périodes d’achat et de vente. Mais leurs règles s’écrivent 1-50, 1-150, 1-200, 2-200, 5-150 : la branche courte vaut 1, 2 ou 5 jours. Ce sont des règles de prix contre moyenne, pas des croisements 50/200. Et leur résultat n’incorpore aucun coût de transaction.
Brock, Lakonishok & LeBaron, Journal of Finance, 1992| Données | Bougies | Croisements 50/200 |
|---|---|---|
| Indice du dollar, 1 heure | 302 | 1 |
| EUR/USD, journalier | 299 | 4 |
| EUR/USD, 4 heures | 299 | 3 |
Voilà l’ordre de grandeur réel : sur des historiques de 299 à 302 bougies, le fameux croisement se produit de une à quatre fois. C’est un événement rare, et c’est la première raison pour laquelle on ne peut rien en conclure statistiquement : la page Ce qui décide montre qu’il en faudrait plusieurs centaines. La seconde raison est plus gênante encore : un signal aussi rare met des années à produire un L’échantillon, c’est le nombre de cas réellement observés sur lesquels un chiffre est calculé : vingt trades, ou deux mille., et pendant ce temps le marché sur lequel on l’a mesuré a changé.
- Comptez sur votre propre graphique les croisements 50/200 des deux dernières années : vous saurez de quelle taille d’échantillon vous disposez réellement.
- Ouvrez les paramètres de vos deux moyennes et écrivez à côté de chaque période la raison qui vous l’a fait choisir. Une case vide signale un héritage, pas un réglage.
- Quand une source attribue le couple 50/200 à quelqu’un, demandez la référence primaire.
- Ce que vous ne faites pas : vous ne justifiez plus 50 et 200 par « un trimestre » et « une année de bourse ». Le décompte réel des séances ne tombe ni sur l’un ni sur l’autre.